Balade Art Nouveau et Art déco dans le 16e

Sur les traces des plus belles réalisations architecturales Art Nouveau et Art déco dans l’ouest parisien.

À la fin du 19e siècle, les communes encore champêtres de Passy, Auteuil et Chaillot sont rattachées à la capitale ce qui laisse de vastes espaces disponibles aux expérimentations architecturales. C’est d’abord l’Art Nouveau qui s’y implante, grâce à son plus célèbre représentant en France, l’architecte Hector Guimard, lui-même inspiré par la figure de proue de ce courant, le belge Victor Horta. A partir des années 1920, l’Art déco prend le devant de la scène. La géométrie l’emporte sur les courbes, l’horizontalité sur la verticalité, les volutes disparaissent au profit de la symétrie.

Portes d’entrée, balcons, bouches de métro, vitrines commerciales ou frontons d’immeubles, l’ouest parisien regorge de témoins minuscules ou fastueux, de ces deux courants artistiques du début du 19e siècle. Des trésors architecturaux à découvrir le temps d’une promenade dans le 16e.

1 / Le café Prunier

Café Prunier, Paris

Remontez vers la place Victor Hugo pour rejoindre l’avenue du même nom. Au numéro 16, à l’angle de la rue de Traktir se trouve un véritable bijou architectural : le café Prunier. Conçu par l’architecte Louis-Hippolyte Boileau en 1925, le restaurant arbore de grandes ouvertures vitrées et une magnifique façade de mosaïque bleue d’une minutie étonnante signée Auguste Labouret. Si les cercles sont majoritaires, on découvre aussi des demi-cercles rayons de soleil, des pentagones, des étoiles, des méduses ou poissons ; les motifs géométriques et animaliers étant typiques de l’Art déco.

Café Prunier – 16 avenue Victor Hugo, Paris 16e

2 / L’hôtel Pauilhac

Façade de l'hôtel Pauilhac, Paris

Rejoindre l’avenue Raymond Poincaré, le numéro 59 abrite l’hôtel particulier Pauilhac un exemple d’Art Nouveau tardif. Construit en 1911, le rez-de-chaussée et les deux premiers étages arborent les arrondis habituels autour des ouvertures ainsi que des sculptures de branches et pommes de pin, tandis que le toit affiche des lignes proches du style gothique comme en témoignent les lucarnes à galbe. Ce mélange de styles a été l’apanage de l’École de Nancy.

Hôtel Pauilhac - 59 avenue Raymond Poincaré, Paris 16e

 Plus d'infos sur l'hôtel Pauilhac

3 / La cité de l’Argentine (fermée pour travaux)

Poursuivez votre chemin sur l’avenue Victor Hugo et faites une halte au numéro 111 pour admirer la cité de l’Argentine appelée également galerie Argentine au style Art Nouveau. Conçue entre 1904 et 1907 par Henri Sauvage et Charles Sarrazin, elle tire son nom de l’homme d’affaires argentin Mayol de Senillosa qui en avait commandé la construction. Cette galerie commerçante qui s’inspire des passages couverts des 18e et 19e siècles, dévoile une charpente métallique en fer bleu et une succession de deux verrières, l’une en arête de poisson et l’autre de forme carrée offrant une douce lumière zénithale. Le second étage en loggia est agrémentée d’une délicate coursive en fer travaillé. Le rez-de-chaussée accueille encore aujourd’hui divers commerces.

Cité de l’Argentine – 111 avenue Victor Hugo, Paris 16e

4 / La bouche de métro Guimard, porte Dauphine

Métro Porte Dauphine, Paris

Édicule d’accès ou simple entourage coiffé d’une plaque « Métropolitain », la fameuse bouche de métro portant la signature Guimard est emblématique de la capitale. La porte Dauphine en recèle un des plus beaux exemples. Modèle authentique, de style « libellule », l’entrée caractérisée par de longues tiges dites « brin de muguet », en fonte moulurée et dotée d’une verrière à double pente illustre à elle seule les grands principes de l’Art Nouveau : utilisation de métaux, inspiration de la faune et de la flore et ensemble fluidifié par des courbes.

Le saviez-vous ? 380 édicules Guimard ont été dessiné entre 1899 et 1904. Seuls 86 subsistent aujourd’hui, répartis sur 66 stations. 

Porte Dauphine, Paris 16e

 Plus d'infos sur la bouche de métro Guimard

5 / Immeuble du 115 avenue Henri Martin

Façade de l'immeuble 115 avenue Henri Martin, Paris

En continuant sur l’avenue Henri Martin, on découvre au numéro 115 un exemple « d’équilibre à la française », des immeubles aux proportions étudiées, œuvre de l’architecte Michel Roux-Spitz. Il construit cet îlot entre 1929 et 1931 qui, connu sous le nom de « série blanche », illustre le style Art déco dépouillé de ces années. Les volumes sont massifs, les rangées de fenêtres absolument symétriques et les travées ont remplacé les bow-windows.

115 avenue Henri Martin, Paris 16e

6 / Le restaurant Bon

Restaurant Bon, Paris

Dans le quartier de Chaillot, le restaurant Bon - ancienne fleuristerie Orève – dont la décoration a été revisitée par le designer Philippe Starck, a su conserver une ravissante architecture de l’année 1910. Située au 25 rue de la Pompe, elle est composée de briques vernissées ocre et bleu pâle, de motifs sculptés, d’une superbe serre d’époque et d’une mosaïque végétale sur fond or qui représente des guirlandes de chênes et de châtaigniers. Lecourtois, son architecte, avait imaginé une façade à deux orientations : la boutique est alignée avec la rue tandis que l’immeuble est tourné vers le sud-est.

Restaurant Bon - 25 rue de la Pompe, Paris 16e

 Plus d'infos sur le restaurant Bon

En faisant un détour par la rue Vineuse pour apercevoir plusieurs façades nues aux lignes simplifiées, souvent postées au croisement de deux rues. Les pans coupés sont en effet typiques de l’Art déco qui évite les angles droits. Puis direction la rue de l’Assomption.

7 / N°44 et 50 rue de l’Assomption

Façade de l'immeuble 50 rue de l'Assomption, Paris

La rue de l’Assomption dévoile aux numéros 44 et 50deux bâtiments caractéristiques du courant Art déco. Ornés de paniers de fruits et de spirales en ferronnerie, augmentés de frontons ou de cages d’escalier apparentes, ils sont composés d’une grande variété de matériaux. Les difficultés économiques de l’entre-deux-guerres ont en effet forcé les architectes à utiliser des matériaux moins nobles et c’est ainsi que le grès côtoie le béton, le fer ou encore la brique.

44 et 50 rue de l’Assomption, Paris 16e

8 / Le Castel Béranger

Art nouveau, Paris © OTCP - Amélie Dupont

Situé au cœur du quartier de la Muette, le Castel Béranger achevé en 1898 est considéré comme l’œuvre fondatrice d’Hector Guimard. Le jeune architecte obtient le 1er prix de la plus belle façade de Paris. Celle-ci détonne largement avec les codes de l’époque ! Les tons sont lumineux : vert d’eau, orangés ou beiges, le groupe d’immeubles est entrecoupé de travées plus ou moins renflées, certaines aux airs d’échauguettes.

La porte d’entrée arbore une asymétrie ondoyante, les balcons sont particulièrement ouvragés et la bâtisse est composée d’un assemblage disparate mais néanmoins harmonieux, de brique, de céramique -matériau emblématique de ce courant- de grès vernissé, de métal et de pierres meulières. Enfin les divers animaux, comme les hippocampes en fer grimpant le long de la façade, témoignent de la liberté de création qui caractérise l’Art Nouveau. Hector Guimard s’est également penché sur la décoration intérieure en dessinant le papier peint, les poignées de portes ou le tapis. (Visite possible)

Le saviez-vous ? L’Art Nouveau librement inspiré de la nature qui privilégie courbes et arabesques n’avaient pas à cette époque, que des partisans enthousiastes. Ses détracteurs baptisèrent ce courant artistique le « style nouille » et surnommèrent l’immeuble le « Castel dérangé ».

Castel Béranger - 14 rue Jean de La Fontaine, Paris 16e

Dans cette même rue Jean de La Fontaine, les numéros 17, 19 et 21 correspondent à ce même style, ainsi que non loin, le numéro 43 de la rue Gros et le 8-10 rue Agar. On y rencontre des façades en pierre de taille, des colonnes végétales autour des portes, des ondulations sur toute la hauteur mais aussi des plaques de rue en fonte aux caractères blancs rebondis sur un émail bleu.

9 / L’hôtel Mezzara

Façade de l'hôtel Mezzara, Paris

Au 60 rue Jean de La Fontaine se trouve l’hôtel Mezzara, construit en 1910. Plus sobre que le précédent, il témoigne de l’évolution du style d’Hector Guimard, quinze ans après le Castel Béranger : le raffinement a succédé à l’exubérance. Élégant hôtel destiné à Paul Mezzara, artiste de l’époque et ami de l’architecte, il comporte des espaces intérieurs agencés avec mesure et une verrière donnant sur un patio central. Côté rue, une façade élégante et proportionnée est éloignée de la grille ornée de ronces et de fleurs en ferronnerie par un dégagement qui aère le tout. (Visite sur autorisation)

Hôtel Mezzara - 60 rue Jean de La Fontaine, Paris 16e

10 / L’hôtel Guimard

Façade de l'hôtel Guimard, Paris

On rencontre, à quelques pas de là, l’hôtel particulier qui porte le nom de l’architecte. Guimard le fait construire en 1909 - son monogramme est sculpté au-dessus de la porte- et y établit son domicile et ses bureaux d’études. On retrouve les motifs floraux et les arrondis qui encadrent portes d’entrée et fenêtres ainsi qu’une grande variété de volumes entre les ouvertures mais aussi entre les niveaux : le 3e s’élargit tandis que le 4e recule pour créer un balcon et un auvent. La ferronnerie très travaillée et la présence du verre sont caractéristiques de l’Art Nouveau qui attache une grande importance aux détails ainsi qu’à l’entrée de la lumière. Les deux lanternes, visibles sur le balcon du 3e étage, sont récurrentes dans l’œuvre de l’architecte.

Hôtel Guimard - 122 avenue Mozart, Paris 16e

 Plus d'infos sur l'hôtel Guimard

11 / Rue Heine et rue Chardon Lagache

Façade de l'immeuble 16 rue Chardon Lagache, Paris

Le bâtiment du 18 rue Heine est l’une des dernières créations d’Hector Guimard. Édifié en 1926, le bâtiment rappelle quelques détails chers à l’architecte mais les nombreux angles et la sobriété recherchée annoncent le nouveau courant Art déco.

18 rue Heine, Paris 16e

Rue Chardon Lagache, un immeuble Art déco construit en 1934 au numéro 16 par Jean Hillard se démarque par un bas-relief remarquable : deux ensembles s’étirent en hauteur sur les quatre étages. Signés du sculpteur Georges Maxime Chiquet, le premier illustre le travail viticole, le second les travaux agricoles. Non loin de là, on retrouve à la station Chardon-Lagache, un édicule Guimard, composé d’un garde-corps et de deux candélabres.

Immeuble du 16 rue Chardon Lagache, Paris 16e

12 / Les hôtels Deron-Levent et Jassédé

Façade de l'hôtel Deron-Levent, Paris

Reprenez votre promenade pour atteindre le 8 villa de la Réunion. On peut y apercevoir une réalisation Art Nouveau d’Hector Guimard : l’hôtel Deron-Levent qui possède une façade à deux corps. La ferronnerie est d’une grande finesse, telle la gouttière du dernier étage qui est comme soutenue par des torches en fer forgé. Les fenêtres en pierre blanche sont surmontées de magnifiques sculptures.

Hôtel Deron-Levent - 8 villa de la Réunion, Paris 16e

Encore quelques pas et vous voilà au 142, avenue de Versailles où se trouve l’hôtel Jassédé. Construit lui aussi par Hector Guimard alors qu’il n’avait que 26 ans, l’hôtel particulier mélange briques, meulière et céramiques. La construction arbore des fenêtres disposées en escalier et des frises florales colorées.

Hôtel Jassédé - 142, avenue de Versailles, Paris 16e

13 / L’École du Sacré-Cœur

Façade de l'Ecole du Sacré Coeur, Paris

Au sud du quartier Auteuil, on peut admirer une autre réalisation d’Hector Guimard : l’ancienne École du Sacré-Cœur construite en 1895. Œuvre peu connue, elle s’inspire du travail de Viollet-le-Duc que l’architecte admirait. Les piliers ouvragés de fonte disposés en forme de V qui soutiennent l’édifice offre alors un rez-de-chaussée évidé faisant office de cours de récréation. Aujourd’hui immeuble de logement, son rez-de-chaussée est désormais vitré.

École du Sacré-Cœur - 11 avenue de la Frillière, Paris 16e

14 / Route de la Reine et rue du Commandant Guilbaud

Façade de l'immeuble du 3-9 rue du Commandant Guilbaud, Paris

Rejoignez la place de la Porte de Saint-Cloud. Au numéro 5 trône un ensemble d’immeubles cossus, en brique surmontés d’un pignon en marches d’escalier et décorés de mosaïques.

5 place de la porte de Saint-Cloud, Paris 16e

Route de la Reine on aperçoit d’impressionnantes bâtisses blanches de style paquebot. Dans la veine de l’Art Déco, ce courant reprend l’esthétique des constructions navales, très en vogue à l’époque. On retrouve donc des façades avec peu d’ornementation, des toits-terrasses, des frontons à pans coupés ou encore des fenêtres hublot.

Route de la Reine, Paris 16e

Dirigez-vous vers la rue du Commandant Guilbaud. Aux numéros 3 et 9 les architectes Jean Boucher et André Chauveau ont opté pour une variation art déco entre pierre et brique blanche. La ferronnerie ou les bas-reliefs sont là aussi très présents et illustrent des bouquets de fleurs ou un palmier ananas. Enfin les quatre entrées différentes achèvent d'enrichir l’immeuble et de l’éloigner d’une trop grande monotonie architecturale.

3 et 9 rue du Commandant Guilbaud, Paris 16e

15 / La piscine Molitor

Molitor

Poursuivez dans la rue du Commandant Guilbaud, dépassez le rond-point pour prendre la rue Nungesser et Coli. Au numéro 13 se trouve la splendide piscine Molitor. Construite en 1929 par l’architecte Lucien Pollet, cette piscine municipale a des allures de paquebots blancs aux lignes Art déco. Les vitraux sont signés Louis Barillet.

Très appréciée des parisiens pour se rafraichir durant les périodes estivales, son bassin extérieur se transforme en patinoire l’hiver jusque dans les années 70 ! Fermé en 1989, elle devient le théâtre de performances street-art. Ce site classé monument historique devient après de nombreuses transformations un hôtel de luxe. La piscine célèbre pour ses cabines bleues, ses vitraux, ses mosaïques et sa façade Art déco ont été reconstruite à l’identique.

Le saviez-vous : le bikini fut porté pour la première fois en juillet 1946 à la piscine Molitor lors d’un concours de maillots de bain !

Hôtel Molitor Paris – MGallery – 13 rue Nungesser et Coli, Paris 16e

 Plus d'infos sur la Piscine Molitor