L'héritage médiéval de Paris

De la Sorbonne à la tour Jean Sans Peur, le Moyen-Age est magnifié à Paris

Au début du Moyen-Âge, Paris est une petite ville mal organisée : seuls deux ponts enjambent la Seine, un immense cimetière trône au beau milieu des habitations de bois et les rues ne portent pas de nom ! Mais durant les dix siècles qu’ont duré le Moyen-Âge, du Vème au XVème siècle, la capitale devient l’une des plus grandes métropoles d’Europe et connaît un très grand essor démographique et économique dont Paris a gardé des monuments témoins qui méritent une visite.

Rive Droite

Tour Saint-Jacques, sculpture, Paris © Christophe Prévotat

La cité prend des allures de ville fortifiée pendant le règne de Philippe-Auguste (1179-1223), qui décide de sécuriser la capitale après une nouvelle invasion des Vikings en 885. Il fait donc ériger à partir de 1190 une forteresse rapidement nommée enceinte Philippe-Auguste et rehaussée de 77 tours pour mieux apercevoir l’envahisseur. Elle englobe alors une surface d’environ 273 ha, à cheval sur les actuels 1er, 3ème, 5ème et 6ème arrondissements, avec l’île de la Cité en son plein centre. Abattue en 1528, il reste de cette fortification une portion de 60 mètres à l’angle de la rue Charlemagne et des jardins St-Paul, tandis qu’une seule tour est encore debout, au numéro 9 de la rue du Louvre. À l’intérieur de l’enceinte, Philippe-Auguste décide la construction d’un château fort, le Louvre, étendu sur l’actuelle cour carrée du musée, et sera le premier souverain à y résider. Modifié au fur et à mesure des époques, il ne reste rien hors terre de son passé médiéval mais au sous-sol de l’actuel musée du Louvre, on peut admirer la base de ses remparts et notamment de son donjon. À quelques mètres, la tour Jean-sans-Peur, abritant désormais un musée médiéval, la tour Saint-Jacques et l’Eglise St-Germain-l’Auxerrois dévoilent également leur caractère moyenâgeux.

Le Marais médiéval

C’est dans le Haut Marais, que se trouvait la Maison du Temple, célèbre pour sa tour, connue pour avoir été la geole des années plus tard du roi Louis XVI et du dauphin Louis XVII. Ancienne forteresse construite par les Templiers pendant le règne de Saint Louis, elle était la plus grande commanderie Templière de France. Détruite au début du XIXe siècle, les traces de la tour du Temple sont dessinées au sol, devant le square du Temple-Elie Wiesel.

De par ses anciens marais asséchés, la terre, devenue fertile permettait de faire de ce quartier dont il tire son nom le plus grand jardin de la capitale et de nourrir de nombreux parisiens. Le quartier du Marais était également dynamique et marchand, on y trouvait notamment le plus grand des quelques quinze ports de l’époque. C’est aussi là que les conseillers de la Ville se réunissaient, dans une maison située sur l’actuelle place de l’Hôtel de Ville. Elle s’appelait alors place de Grève, pour sa situation proche de la grève qui donnait sur la Seine, et était un lieu fréquenté, populaire, où les habitants se rendaient pour connaître les nouvelles politiques ou encore pour assister aux exécutions publiques. Un peu plus haut, la plus vieille maison de Paris se trouve dans le 3ème arrondissement, au 51 rue de Montmorency, et a été la demeure d’un certain Nicolas Flamel. Ce supposé alchimiste, mais plutôt écrivain, a été l’objet de nombreux fantasmes dont celui d’avoir gravé des inscriptions mystérieuses sur le mur du cimetière des Innocents. Car en plein milieu de Paris, à la place des Halles et de Châtelet se trouvait un immense cimetière à l’atmosphère curieuse. On y croisait des charniers, pourrissoirs et même réclusoirs ! Après sa fermeture et le transfert de ses deux millions de squelettes dans les catacombes (14ème), il n’est plus resté que sa fontaine, aujourd’hui place Joachim-du-Bellay.  

Toujours dans le Marais, aux numéros 11 et 13 de la François Miron s’élèvent deux rares maisons médiévales : étroites et dotées de pignons, de colombages, de pans en bois et même d’enseignes telles que « le mouton » ou « le faucheur », elles sont parmi les rares maisons témoins de l’architecture du 14ème siècle. Aux numéros 44 et 46 de cette même rue, l’association « Paris Historique », est installée dans une ancienne propriété de moines cisterciens de l’Abbaye Notre-Dame d’Ourscamp. Son sous-sol révèle un cellier du XIIIème siècle et de sublimes voûtes gothiques. Un autre héritage abbatial se trouve 12 rue des Barres : aujourd’hui auberge de jeunesse, qui était à l’origine une maison de ville de l’abbaye de Maubuisson. Le dénommé Hôtel des archevêques de Sens, aujourd’hui bibliothèque située au 1 rue du Figuier, est une magnifique manifestation de l’habitat médiéval : l’imposant porche permettait le passage des charrettes et des piétons et deux tourelles à encorbellement coiffées de poivrières permettaient d’observer les alentours.

Pour passer de la rive droite à l’île de la Cité, on empruntait le grand pont ou pont au change. Son nom vient des changeurs installés là pour changer la monnaie au moment de traverser la Seine, ce passage était également un péage !

L’île de la Cité

Cathédrale Notre-Dame de Paris - Gargouille regardant Paris, Paris

Sur l’île de la Cité trône l’immense cathédrale Notre-Dame. Symbole du Moyen-Âge, elle a été construite en 1163 et reste le monument le plus visité au monde ! Vitraux, rosaces, tours et gargouilles en font un chef d’œuvre de l’art gothique et l’origine de nombreuses œuvres littéraires ou cinématographiques.

Cette île était déjà le centre politique quand, à partir de murs déjà existants, Philippe-Auguste fait modifier le Palais de la Cité, aujourd’hui Conciergerie et lui attribue la charge de concierge du Palais et les fonctions de justice. Il décide au même moment le pavage de Paris et dote de pavés de grès les rues alentours après avoir été incommodé par les odeurs et par les réguliers débordements de la Seine. Sous le règne de Saint-Louis (1226-1270), le Palais connaît une grande expansion dans le but de centraliser le pouvoir royal et sur ce même site, le Roi fait construire la Sainte-Chapelle dans les années 1240. Édifice religieux à deux étages et aussi élevée qu’une cathédrale, elle comporte plus de verre que de pierre grâce à ses 1113 vitraux ! Après plusieurs modifications à travers les siècles et diverses fonctions comme celle de prison d’état, le Palais est aujourd’hui un Palais de Justice où on visite la salle des Gardes, l’immense salle des Gens d’armes ou encore les cuisines édifiées sous Jean le Bon. Son passé médiéval s’admire également le long du quai de l’Horloge où se succèdent les tours et tourelles de la Conciergerie.

Rive Gauche

Musée de Cluny - Le monde médiéval, Paris © Michel Denancé - Bernard Desmoulin

Le « petit pont » permettait ensuite de relier l’île de la Cité à la rive gauche. De ce côté de la capitale, c’est la construction du collège de la Sorbonne, ou « collège Sorbon » du nom de son fondateur en 1253, qui a donné au Quartier latin (nommé ainsi car les cours se donnaient en latin) son identité intellectuelle et universitaire. Dans ce même quartier, l’Hôtel de Cluny, aujourd’hui musée de Cluny – le monde médiéval, construit à la fin du XVème siècle dévoile un style gothique flamboyant et compte notamment parmi ses collections la fameuse tapisserie de la Dame à la Licorne. Enfin, l’église des saints Archanges (anciennement chapelle du collège de Beauvais) et son tympan en mosaïque, la grandeur des travées de l’église Saint-Séverin ou encore les colonnes de marbre de l’abbaye de Saint-Germain des Prés sont également dans les 5ème et 6ème arrondissements des œuvres héritées du Moyen-Âge.